ACCP Bulletin

Printemps 2016

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10 ACCP Printemps 2016 L e processus de conception de la préenquête sur les femmes et les filles autochtones disparues et assassinés est maintenant achevé et une enquête nationale exhaustive sera bientôt lancée. Elle suit de très près le rapport de la Commission de vérité et réconciliation qui a introduit l'expression « génocide culturel » pour décrire les objectifs historiques de la politique autochtone canadienne qui visent à supprimer « l'identité autochtone ». Le rapport souligne le fait que « la réconciliation n'est pas un problème de la collectivité autochtone; c'est un problème canadien. Pratiquement tous les aspects de la société canadienne devront peut-être être revus. » Du point de vue du leadership policier, nous avons pris les « Appels à l'action » du rapport de la Commission de vérité et réconciliation très au sérieux. Après tout, il arrive souvent que les services de police au Canada soient utilisés comme agents de l'État pour faire respecter la politique du gouvernement en ce qui concerne les peuples autochtones. Au final, il en résulte une relation naturellement difficile entre nous et our de nombreuses générations à venir. Ce sont également les policiers au Canada qui sont continuellement témoins de l'aboutissement d'années de souf- frances, au sein de leurs collectivités et de manière très disproportionnée, dans les cellules de leurs prisons. En 2014, la Gendarmerie royale du Canada (GRC), au nom des services de police de partout au Canada, a publié le rapport « Les femmes autochtones disparues et assassinées : Un aperçu opérationnel national ». Les données entre 1980 et 2012 ont été étudiées en collaboration avec l'Initiative Sœurs d'esprit de l'Association des femmes autochtones du Canada (AFAC). Bien que les taux de résolution par la police étaient presque identiques (9 homicides sur 10 résolus tant chez les femmes autochtone et non autochtones victimes d'homicide), certaines tendances trou- blantes ont été révélées. La Mise à jour 2015 de l'Aperçu opérationnel national de la GRC a mis en évi- dence une corrélation de la violence familiale et conjugale chez toutes les femmes, peu importe l'origine ethnique. Les femmes autochtones disparues ou assassinées, cependant, sont surreprésentées dans ces statistiques, particulièrement si l'on tient compte du pourcentage qu'elles représentent de la population canadienne. Comme policiers, nous avons tendance à regarder les chiffres, les tendances et les facteurs de risque. Cela nous permet d'être mieux informés et de mieux cibler nos efforts – prévention du crime, l'engagement communautaire, reddition des comptes, planification opérationnelle, etc.. Certes, c'est une partie insensible mais très efficace du travail policier. Malheureusement, les chiffres et les tendances ne traduisent pas les vrais êtres humains qu'ils cachent, mais ils fournissent de fortes indications sur com- ment et pourquoi ces crimes sont perpétrés. Le chef Clive Weighill, résident de l'Association canadienne des chefs de police (ACCP) a été très clair en déclarant : « L'ACCP continue de soutenir que ces faits trou- blants sont bien plus qu'un problème relevant de la police. Ils touchent à la santé, aux services sociaux et à l'éducation, et ils concernent les Autochtones et tous les ordres de gouvernement. La marginalisation qui touche les membres des Premières Nations, des Métis et des Inuits apparaît constamment comme un facteur. Il y a aussi de tragiques antécédents historiques qui sous-tendent des problèmes systémiques. » Les problèmes systémiques se reflètent dans des grands titres tels que « Les étudiants des Premières Nations étudiants obtiennent 30 % moins de financement que les autres enfants », dit un économiste. « Il y a une corrélation directe entre les résultats scolaires et le niveau de vie, y compris la santé, le bonheur et l'engagement communautaire. » Les problèmes systémiques découlent de décennies de mauvais traitements, d'un manque de soutien, d'un manque de financement et oui, de la marginalisation et du racisme. Les défis d'une enquête nationale sur les FFADA se trouvent dans la portée d'une telle entreprise, compte tenu de l'ampleur et de la profondeur des problèmes systémiques qui y contribuent. En revanche, une enquête peut se concentrer sur les facteurs spécifiques, indi- viduels et/ou isolés qui contribuent au problème. Il y a souvent un écart important entre les attentes des familles des victimes et les actions perçues de la police (et cela ne vise pas à absoudre toutes les actions ou le manque d'action de la police). Par exemple, les titres de deux récents articles publiés sur la même page font ressortir deux points de vue différents sur le même sujet - « Un record de tous les temps, soit 8 800 cas de personnes disparues à court terme signalées l'an dernier, selon la police de Winnipeg » et « Les familles autochtones qualifient les enquêtes policières d'i- nadéquates » et renforcent la nécessité pour la police et les populations autochtones de travailler ensemble afin de trouver des solutions aux problèmes identifiés. Malgré tout, un grand examen de conscience devra se faire chez tous les Canadiens. Cette introspection s'applique-t-elle aux policiers partout au pays? Certainement ! Un porte-parole national des Autochtones à récemment déclaré que « les préoccupations concernant le maintien de l'ordre devraient être au cœur de l'en- quête nationale. » C'est un point de vue qui a été véhiculé de surcroît par certains au sein du nouveau gouvernement lui-même. Même si je crois que la police doit jouer un rôle important, car il n'y a aucun doute que nous devons apporter des change- ments au sein de notre propre culture et de nos attitudes, j'affirme que la police ne devrait pas être au cœur d'une enquête. Si tel était le cas, cela éclipserait les prob- lèmes systémiques d'envergure qui contribuent à la marginalisation et au racisme. Vince Hawkes, commissaire de la PPO, a récemment déclaré : « Le racisme et les préjugés existent dans toutes les sociétés, je ne peux donc pas prétendre que la PPO soit totalement exemptes de ces attitudes négatives. Je peux dire la PPO ne tolère aucunement le racisme ou les préjugés sous n'importe quelle forme et prend des mesures proactives et réactives pour contrer les préjugés et le racisme. Si nous estimons qu'un membre a fait preuve de racisme ou de préjugés dans sa vie profes- sionnelle ou personnelle, nous prendrons des mesures éducatives et disciplinaires jusques et y compris le congédiement. » J'ai eu le privilège d'accompagner le chef Weighill lors d'une table de discus- sion du Globe and Mail à Edmonton au cours de la Conférence l'Esprit de nos sœurs (Spirits of our Sisters) à l'automne dernier. C'était un groupe de discussion informel et les participants étaient accueillis dans une salle destinée à peut-être la moitié des participants. Le rassemblement était rempli d'émotion, de récits déchirants et de larmes. Le chef Weighill a transmis ses pensées, très brièvement, et elles ont été chaleureusement accueillies. Le plus notable aura peut-être été la reconnaissance de la gravité du problème et des mesures prises par le Service de Police de Saskatoon pour le résoudre. Après l'événement, j'ai demandé au chef si nous avions vraiment beaucoup contribué. « Nous avons fait ce que nous devions faire, Tim. Nous devions les écouter. Nous devions chercher à comprendre. Nous devions montrer que leur sort nous préoccupe. » Nous nous soucions d'eux et c'est pourquoi les policiers de partout au pays sont pleinement engagés dans cette enquête. Nous partagerons la nécessité de réfléchir, de reconsidérer les attitudes et à « faire de la place dans leur cœur pour les peuples autochtones » comme ce que le chef de l'Assemblée des Premières Nations Perry Bellegarde a invité tous les Canadiens à faire. Joignez-vous lors de la conférence « La voie de l'avenir des avenirs plus sûrs : Un dialogue inclusif entre police, responsables des politiques et peuples autochtones du Canada » les 30 mai et 1er juin prochains alors que nous examinerons de plus près ces questions et autres points. Les défis d'une ENQUÊTE sur les FEMMES AUTOCHTONES disparues et assassinées Par Tim Smith, Communications et relations gouvernementales de l'ACCP

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